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BOAD utilise les obligations du marché régional comme un outil de gestion de trésorerie, et non comme un appui budgétaire direct. Cette approche lui permet d’optimiser ses liquidités tout en limitant les coûts de portage, ce qui explique l’intérêt stratégique de ses achats sur le marché UEMOA.
Ses comptes de juin 2025 montrent d’ailleurs une forte progression de certaines positions, avec un portefeuille ivoirien en hausse de 360% et un portefeuille sénégalais en hausse de 65% sur six mois. Cela reflète à la fois l’activité soutenue du marché et la manière dont BOAD ajuste son portefeuille en fonction des conditions de financement régionales.
Les États membres de l’WAEMU restent fortement dépendants du marché obligataire régional pour se financer. Arouna Sow, de UMOA-Titres, prévoit une hausse des émissions en 2026, avec la Côte d’Ivoire qui projette 4,221 trillions de FCFA, soit 7,69 milliards de dollars, et le Sénégal 4,132 trillions de FCFA, soit 7,54 milliards de dollars. Ces chiffres confirment que le marché régional demeure un canal central de financement souverain.
Le cas du Sénégal illustre toutefois les tensions croissantes autour de cette dépendance. Le pays a levé 590 milliards de FCFA, soit 1,06 milliard de dollars, à travers cinq émissions depuis le début de l’année, avec des allocations accordées à des soumissionnaires togolais et sénégalais. Mais sa dette a bondi à 132% du PIB fin 2024, contre 78% en 2023, après la révélation de chiffres mal rapportés qui ont conduit à un gel des prêts du FMI.
BOAD insiste sur une distinction importante : l’achat d’obligations relève de la gestion d’actifs, tandis que les prêts et subventions relèvent du soutien budgétaire. Cette séparation est essentielle pour comprendre son rôle dans le marché, car elle lui permet d’être un acteur de liquidité sans se substituer aux mécanismes classiques d’aide publique.
Son bilan de plus de 50 ans est aussi un signal de stabilité. BOAD affirme n’avoir enregistré aucun défaut souverain sur ses opérations, ce qui soutient la confiance dans la qualité du marché régional. Mais la situation du Sénégal rappelle que l’accès au marché ne garantit pas la soutenabilité de la dette, surtout lorsque la transparence fiscale est remise en cause.
Au fond, le marché obligataire régional reste à la fois une solution et une source de pression. Il aide les États à lever des montants importants quand les financements extérieurs se raréfient, mais il exige aussi une discipline budgétaire crédible pour rester viable. BOAD joue donc un rôle de stabilisateur, tout en montrant les limites d’un financement souverain trop concentré sur le marché régional.


