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Le Gabon pousse son industrie minière à aller au-delà des exportations brutes afin de capter davantage de valeur sur son territoire. En tant que deuxième producteur mondial de manganèse, un minerai stratégique pour l’acier et les batteries de véhicules électriques, le pays cherche à transformer cette richesse en levier d’industrialisation.
Cette ambition s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique, où plusieurs pays essaient désormais de retenir plus de valeur locale au lieu d’exporter uniquement des matières premières. Pour Libreville, la logique est claire: si le manganèse alimente des industries mondiales en forte demande, le Gabon veut aussi profiter davantage de cette chaîne de valeur.
Les coupures d’électricité restent toutefois un frein important à cette stratégie. À Mining Indaba, à Cape Town, le ministre Sosthene Nguema Nguema a expliqué que certains opérateurs avaient déjà démontré des procédés capables de réduire la consommation énergétique de 40 à 60%, ce qui l’a amené à qualifier l’énergie de « faux débat ». Son message est que les contraintes existent, mais qu’elles ne doivent pas servir d’excuse pour retarder la transformation industrielle.
Les chiffres d’exportation montrent aussi l’ampleur du défi. Le Gabon a exporté 9,4 millions de tonnes de manganèse en 2024, soit une baisse de 5,3% par rapport à 2023. Cela confirme que le secteur reste robuste, mais qu’il doit désormais évoluer vers des activités de raffinage et de transformation plus avancées pour soutenir la prochaine phase de croissance.
Le gouvernement demande donc à tous les mineurs de soumettre des calendriers détaillés et de prouver des avancées concrètes vers la capacité de raffinage. Le ministre a insisté sur le fait que l’échéance de 2029 n’est pas négociable, même si l’État promet un appui administratif aux entreprises. En clair, la responsabilité de l’exécution reste du côté des opérateurs miniers.
Comilog, la filiale d’Eramet qui exploite la plus grande mine mondiale à Moanda, est au cœur de cette transition. Malgré une récente crise de gouvernance chez Eramet, le groupe affirme que cela n’a rien à voir avec ses opérations au Gabon. Mais pour Libreville, le message demeure le même: les grands producteurs devront s’aligner sur la stratégie nationale s’ils veulent continuer à opérer dans le pays.
Au fond, le Gabon veut montrer qu’un pays riche en ressources peut aller plus loin que l’exportation de minerai brut. Si les mineurs coopèrent réellement sur le raffinage, l’énergie et l’organisation industrielle, le manganèse pourrait devenir un moteur plus puissant de développement local.


